Un conte fait maison

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Un conte fait maison

Message  Meghann le Lun 19 Jan - 5:24

Le chat qui était tombé amoureux d’une boite de thon


Il était une fois dans un village fleuri, tranquille, où s’ennuyait dans une grande maison mauve Nougat. Nougat était un chat roux qui passait son temps à dormir dans les draps feutrés de sa maîtresse, ou à chasser les balles en caoutchouc qui rebondissaient dans toute la maison.

Nougat n’aimait pas la compagnie de ses congénères, ni même celle d’inconnus humains, ce qui ne l’empêchait pas de gratter derrière la porte d’entrée afin de s’évader dans la jungle urbaine.
Mais Nougat avait un souci : c’était un peureux maladif. N’importe quel bruit le faisait fuir, la queue gonflée tel un écureuil. Les oiseaux, les voitures au loin, le vent dans les feuilles des arbres, les rires d’une enfant et même lui ! Il sursautait, le dos voûté, dès qu’il posait la patte sur une chose qui l’avait surpris. Ses oreilles dressées tel un hibou et ses yeux exorbités faisaient de lui l’attraction de la famille.
Par ces chaudes journées d’août, assis sur le rebord de la fenêtre et protégé par les volets baissés, Nougat regardait, tapant rapidement de la queue, les hirondelles frôler les vitres qui allaient dans leur nid, situé dans la gouttière.

Allongé sur sa fenêtre Nougat a chaud, il s’ennuie…

Il traînait sa carcasse le long de la grande maison, même s’il en connaissait les recoins par cœur. Nougat a toujours vécu enfermé entre quatre murs. La liberté du dehors, le plaisir de courir dans l’herbe verte, il ne connaissait ces sensations qu’avec une laisse et sous une certaine contrainte. L’esprit épicurien, il ne savait pas que ça existait. Alors Nougat passait son temps à dormir dans les endroits les plus frais de la maison : sous le lit de sa maîtresse ou dans l’armoire, renversant sur son passage le linge soigneusement plié. C’était une vraie canaille celui-là, quand il décidait de faire des bêtises ! Une manière comme une autre de tromper sa solitude et de se débarrasser de son trop plein d’énergie. Il aimait beaucoup ennuyer ses maîtres, à se poser dans des endroits pour le simple plaisir de gêner. C’est tout un art pour un matou de s’installer là où il dérange le plus ! La table à repasser, quand la maman s’apprête à défroisser les habits, à moitié sous les couvertures quand elle faisait les lits, sur la table de cuisine quand elle épluchait les pommes de terre.
Cette cuisine, Nougat la connaissait par cœur et pour cause ! Après dormir sa seconde occupation résidait là, sous l’évier : la gamelle d’eau et l’écuelle à nourriture. Nougat mangeait toujours la même chose, cela devenait donc plus fade à chaque jour qui s’écoulait. Il en perdait la saveur, la gourmandise, la joie de se restaurer. Pauvre Nougat, toujours en quête d’innovation !
Parfois sa maîtresse inventait quelques folies pour le distraire et satisfaire ses papilles délicates de chat. Les yaourts au chocolat blanc ou à la mousse de nougatine sur un coulis de framboise. Mais la mode étant éphémère, le plaisir ne fut que fugace, et la dure habitude reprenait ses droits.
Alors Nougat choisit de provoquer le changement : il miaulait tel un condamné pour réclamer cette précieuse nourriture, mais lui tournait le dos une fois servi. Un comble de gourmet !
Petit Nougat deviendra gros avec ses exigences gargantuesques ! Qu’il serait vexé si des invités d’un soir le prenaient pour une drôle de race de chien !
Mais l’appel de l’estomac est plus fort, l’envie d’herbe naturelle encore plus. Tenter de manger quelques fines feuilles des plantes familiales n’est pas donné à tous les félins, sans connaissance par ailleurs des dangers de certaines toxicités plus ou moins flagrantes.

Mais ce fut un beau matin qui lui offrit la providence tant désirée, ce que tout chat rêve de rencontrer et de posséder. Un sentiment de bonheur, d’extase et de volupté : l’amour !

La cuisinière avait omis un élément capital dans la réceptivité du chat. Elle avait innocemment laissé sur le bord de la table une boite auprès de laquelle Nougat trouvera le summum. Une boite de thon. Cette boite, Nougat l’avait longuement observée : d’une parfaite harmonie de forme et de couleurs, elle n’avait jamais suscité autant de convoitise. D’un arrondi lisse, la boite pouvait rouler qu’importe sa position, une gymnastique polyvalente en sorte. Sa couleur était d’un bleu azur, digne d’un horizon varois. Un dessin de navire à la voile blanche semblait ressortir ; comme si le galion voguait calmement sur les vagues outremers, insouciant, à la recherche d’un pays à conquérir. Mais le contenant ne sert évidemment qu’à cacher le contenu, plus intéressant, plus mystérieux, et souvent…Plus beau. Aux trois quarts ouverte, comment ne pas résister à l’instinct d’aller fourrer son fin museau à l’intérieur de la boite ? Ce qu’il y vit ne porte pas de nom à ses yeux. Dans le langage humain on appellerait cela “ extase ”, “ paradis ”, “ bonheur ”. Une chair fraîche et rosée, entourée d’un liquide translucide faisait miroiter les yeux serpent du naïf rouquin. Bien que compacte, cette chair ne présentait pas moins quelques scissions, très délicatement tracées par les soins habiles d’un poissonnier. Tous les sens de Nougat le gourmand se mirent en éveil. La vue d’abord, de cette masse dodue et appétissante à souhait. Mais surtout l’odorat. Ah l’odorat ! Sens suprême parmi les suprêmes ! Sans lui, comment pourrions-nous suivre à la trace la délicieuse odeur du pain à peine sorti du four ? Les délicats parfums des femmes dans une cage d’escalier ? La différence entre le comestible ou pas, l’avenant ou le non avenant ? Car c’est l’odeur subtile que dégageait cette inconnue qui attira Nougat sur les pentes des péchés capitaux : envie, luxure, gourmandise.
Nougat approcha avec méfiance son museau du liquide, puis renifla avec moins de réticence les morceaux détachés. “ Quel délicat fumet ! ” se dit-il, car il ferma les yeux et ronronna de satisfaction. Quelle joie pour ma maîtresse d’avoir négligé cacher cette providentielle boite !
Il commença à laper, doucement dans un premier temps. Sa langue rugueuse ne manqua pas de saisir toutes les sensations que devait provoquer ce poisson. Puis, goulûment, il attrapa un morceau conséquent de la boite pour le mâcher longuement afin que ses papilles apprécient cette saveur nouvelle. Pour Nougat c’est la première fois qu’une telle chose se produit. Il ne savait pas à quoi correspondait l’odeur, mais pour lui elle était alléchante. C’était le principal. Il n’avait jamais senti vraiment diverses odeurs, lui qui restait enfermé dans une chambre. Il se délecta si bien de ce sulfureux poisson que bientôt la boite s’en trouva vidée. Veillant à ne point se couper avec les rebords cannelés de la conserve, il recula un peu puis descendit de la table et du banc, pour aller purifier ses canines d’eau de sa gamelle. Il repartit ensuite en direction du salon, l’estomac repu et une satisfaction visible par sa façon de se lécher les babines. Nougat était déjà un profiteur, mais le voici petit voleur !
Nougat repartit dans sa cachette secrète, avant que sa maîtresse ne raccroche le téléphone et découvre le méfait. Ce lieu si paisible à ses yeux se trouvait être tout simplement la partie droite de la grande armoire, installée dans la chambre de la fille de la maison. Entre le coffre de chaussettes, l’amas de chemises de nuit et les pans des robes, le félin se mit bien à l’aise puis ferma les yeux, ronronnant.

La maîtresse revint à ses fourneaux. Ciel, cria-t-elle, moi qui voulais régaler les miens d’œufs mimosas ! Mais elle était une adulte humaine, et donc incrédule. Seul un être doté d’un culot énorme, d’un talent sans bornes aurait pu réussir ce subterfuge. Et elle était seule à la maison, avec Nougat…
Cependant contrairement à ce qu’on pourrait imaginer cette aventure la fit sourire. Elle savait désormais comment dresser l’indomptable, comment égayer ses repas et cela à moindre frais. Nougat n’avait jamais connu cela…

Le lendemain, le surlendemain et tous les autres jours à l’infini, petit Nougat faisait de tendres roulades, ronronnait délicieusement et miaulait de son timbre aigu et rauque, mais non moins suave, afin d’attirer l’attention de ses maîtres. Et tout cela dans un but bien précis : les faire venir auprès du réfrigérateur, qui gardait jalousement l’objet tant convoité. Monsieur se posa la question : mais comment faisaient donc ces boules de poils pour dégager autant de séduction et de charme, à faire pâlir tous les bipèdes masculins ? Même le plus bellâtre des hommes ne pourrait rivaliser avec un chat. Et comme dit l’adage : le chat ne vit pas chez nous, mais c’est nous qui vivons chez le chat…
Et à chaque fois le vœu du maître chat était exaucé, qu’importe la fréquence ou le moment de la journée. Lorsqu’il se retrouvait enfin face à la délicate boite de bleu, à sa chair sensuelle appelant à la volupté, il lui tint par télépathie ce discours.
- Boite, oh ma si chère boite de thon, voudrais-tu aujourd’hui m’accorder tes charmes ? Je me languis de ton absence, je te désire en ta présence. Acceptes ma sollicitude ma chérie, tu ne seras pas malheureuse. Je comblerai le moindre de tes caprices, je couvrirai ta chair d’or. Je ferai de ma gamelle un palais où de l’artifice tu te régaleras, dans les dédales de mon corps tu te perdras, évanouie de jouissance tu te pâmeras. Ne me repousses pas mon adorée, je te jure que tu ne le regretteras pas.
Et à chaque fois la boite de thon ne se fit plus autant désirer qu’au premier jour : elle céda instantanément au maître chat, au gré de ses humeurs ou ses envies.

Parfois un couple peut se montrer jaloux l’un envers l’autre. Et si Nougat surprenait sa tendre dans une autre assiette que la sienne, il se tournait aussitôt vers les demoiselles croquettes, si colorées et affriolantes dans leur forme géométrique. Il les croquait à l’infini, il ne les comptait plus tant il se trouvait affecté par ce qu’il considérait comme étant une trahison. Œil de chat pour œil de chat en somme : tu me trompes, je te trompe à mon tour. Un couple peut aussi bouder. Ainsi Nougat faisait mine de ne pas regarder la boite : c’était pour lui un supplice car il en était tellement fou…Malgré tout il se força à ce petit jeu malin afin de ne pas tomber dans la monotonie du couple. Le but était de se faire la tête pour mieux se retrouver. Rien que pour cette raison, il venait quand même lorsque ses maîtres le narguaient, sa compagne des beaux jours dans leur main ferme. La boite semblait s’y plaire, pour sûr, elle ne tenait pas vraiment à descendre ! Aurait-elle percé le secret de son chéri et rentrait-elle donc dans son jeu ? Seuls les protagonistes possédaient cette réponse tant éclairante.

Toujours est-il que ce manège amoureux dure encore et encore…La lassitude n’avait pas donné raison aux sentiments liant le chat roux à la chair beige. C’était un amour indéfectible qui traverserait les temps. Un amour pourtant si singulier, un amour dont on nierait l’existence sans hésiter, qu’on ne voudrait croire à aucun prix, et pourtant…Ces deux-là étaient si mignons…Le couple formait à lui seul une photo de famille unie. Bien sûr, ils ne pourront pas avoir de progéniture mais l’amour n’est-il pas la base de la vie ? Tous les couples n’ont pas d’enfants, même si c’est une conséquence logique à l’amour, elle n’en est pas moins dispensable.

Ainsi va la vie, et ainsi se poursuit celle d’un chat unique, particulier : un chat qui était tombé amoureux d’une boite de thon.
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Message  Chat Potté le Dim 8 Fév - 23:08

ça sent le vécu Very Happy
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Message  Meghann le Lun 9 Fév - 22:14

tout à fait ! lol!
J'ai fait ça surtout pour m'amuser, et c'est un exercice de style !
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